l'Actualité de l'Union des Engagés Volontaires, Anciens Combattants Juifs 1939 -1945, leurs Enfants et Amis. - 10 juin 2017



Cher Pompidou



Mais c’est quoi cette usine à gaz ? On dirait une raffinerie.

Je viens de déboucher de la rue Rambuteau, mes culottes courtes ne protègent pas mes jambes et je sens le froid sur mes mollets.

Mais non bien sûr, le vieux bobo que je suis a oublié la bohême et il est habillé pour l’hiver, d’un pantalon en bon tissus et d’une parka à doublure molletonnée.

C’est vrai, mais à chaque fois que mes pas me mènent entre République, Saint-Paul et Sébasto je redeviens le petit garçon en culotte courte de la rue Vieille-du-Temple.

Bien des choses ont changé, plus d’échoppes aux vitrines encadrée de bois peints, disparues les dernière enseignes métalliques se balançant au gré du vent coquin de Paris. Mais je me souviens comme si c’était hier matin, de ma surprise à 36 ans quand j’ai vu la première fois ce bâtiment qui offrait ses entrailles au regard de tous. Avec le temps le regard s’habitue, s’acclimate, s’adapte, s’endurcit peut-être, malgré la petite voix de dix ans qui me chuchote à l’oreille : « Quand-même y z’auraient pu faire mieux ».

Je passe donc en feignant d’oublier ce grand cube dans sa cage bariolée, dont la plupart des œuvres exposées à l’intérieur arriveraient à me faire apprécier l’extérieur…

Puis je rentre au 26, le 26 de la rue du Renard, juste en face de l’architecture si originale du Musée. J’y viens plusieurs fois dans la semaine au 26, et aujourd’hui c’est pour l’atelier d’écriture, dans la petite salle de réunion avec la bibliothèque, dans laquelle se reposent dans la plus grande quiétude des livres en yiddish que s’arrachaient nos anciens.

J’en ai connu quelques-uns des anciens, le premier qui me vient à l’esprit c’est le secrétaire général Izy Blum, de son vrai nom Cleitman, grand ami de mes parents, dont le fils René Cleitman fut directeur des programmes d’Europe n°1. Me revient aussi le nom d’Henri Falinower, grand copain de mon beau père Herschel. Parmi les écrivains de la bibliothèque j’ai connu :



« Benjamin Shlevin et Moyshé Schulstein ».

Dans les couloirs, les portraits grand format de cette fratrie d’anciens combattants nous observent et nous jugent, avec bienveillance j’espère, et à chaque fois mon regard croisent ceux d’Izy et d’Henri.


Dans la petite salle qui nous accueille pour l’écriture, quand le silence se fait, je peux entendre les mots, les cris, les engueulades épiques et ce qui rend si particulier ces rares moments de réminiscence c’est que les mots qui résonnent sont en yiddish, le warshéwé yiddisch, le Lodzer ou le wilner yiddish mais c’est toujours le « mamé loshen ».

Je n’ai gardé mes culottes courtes que dans ma tête, heureusement, car quand je me réunis comme eux mais avec certains des enfants de ces héros, j’aurais l’air bien ridicule avec mes jambes poilues pour leur donner la réplique.

Quand je regarde par la fenêtre, que ce soit en réunion ou en atelier d’écriture, je suis toujours surpris, moins choqué mais surpris par le gros tuyaux bleus et les petits tuyaux rouges ou jaunes. ; la voix d’Izy me souffle alors : « t’inquiète pas Nouni si on vit assez longtemps, on s’habitue » C’est bien ça, Izy a raison, il faut vivre longtemps, malgré l’environnement qui peut être décevant, et jusque-là j’ai fait de mon mieux. Parmi la petite assemblée féminine qui domine largement cet atelier d’écriture j’ai trouvé ma place et quand je manque d’inspiration mon regard abandonne Pompidou pour aller vers les volumes sagement alignés sur les rayons et je sais que je ne dois pas décevoir Peretz ou Schulstein.


A nous deux Sholem Aleichem !

Albert Szyfman


 Atelier d’écriture du 21/01/2015 


Atelier d’écriture

Écrivez, écrivez, il en restera toujours quelque chose… de bien.
D’abord ça vous fera du bien à vous, car vous pourrez exprimer tout ce que  vous avez sur le cœur ou dans la tête sans risquer de choquer qui que ce soit.
Ça  vous fera du bien car vous vous rendrez compte qu’écrire agit sur vous comme une analyse psychologique…à bien moindre coût que chez le psy.
Ça fera aussi du bien aux autres car nous avons tous des choses à dire, à raconter ; des histoires qui souvent sont de vrais petits trésors.

Un mercredi matin sur deux, de 10 heures à midi, se tient au local de l’Union, l’atelier d’écriture, « coaché » par Jeanne Lafon-Galili.

Le tarif est de 10 euros.
N’hésitez pas à nous rejoindre.

Albert Szyfman