l'Actualité de l'Union des Engagés Volontaires, Anciens Combattants Juifs 1939 -1945, leurs Enfants et Amis. - 10 juin 2017

La « mitraillette »  de Bébert.

Une Sten, parmi des milliers, bien connue comme arme significative des FTP/FFI au cours de la seconde guerre mondiale. 
Mais, qui était ce « Bébert » qui conserva cette arme alors que la guerre était terminée depuis 1945 ? Ce surnom fut attribué par les habitants de Châteaumeillant (Cher) à l’un de ses nombreux réfugiés, Samuel (Szmul) Rozenberg.
Cet homme arriva avec sa femme et ses deux enfants en 1939 dans la ville de Châteaumeillant, venant de Paris où il résidait depuis 1930, date où arrivant de Pologne, il décida de s’installer en France.
Dès les premiers instants de la guerre, il avait compris que, Juif, il devait prendre des distances avec les Allemands qui allaient envahir son pays, celui qu’il avait choisi.
Il savait de quelle façon les Allemands nazis traitaient les Juifs.
Il mit sa famille à l’abri dans cette petite commune de Châteaumeillant, où elle fut accueillie.
Lui, Samuel Rozenberg, alla s’engager comme volontaire, pour la durée de la guerre en septembre 1939.
Il fut affecté au 12e Régiment Étranger d’Infanterie de la Légion Étrangère avec lequel il participa aux combats de la « drôle de guerre ».
Un document faisant état d’une Citation à l’ordre de l’Armée du 12e REI porte une mention particulière concernant Szmul Rozenberg.
Démobilisé le 19 août 1940, il rejoignit sa famille à Châteaumeillant.
Il travaille comme menuisier ébéniste chez Monsieur Vacher, fabriquant entre autres « meubles » des cercueils !
Monsieur André Vacher était un membre actif de la Résistance intérieure qui débutait. Communiste, il fut très vite un responsable de groupe, de secteur. Il devint capitaine FFI.
Samuel Rozenberg s’engagea à ses côtés et adhéra au groupe de combat de Châteaumeillant.
De nombreux documents font état de son appartenance aux Forces Françaises de l’Intérieur (FFI) et aux Francs-Tireurs et Partisans (FTP).
Ardent, volontaire, courageux, même téméraire il réussit quelques gestes glorieux, comme l’arrestation de militaires allemands qui arrivaient dans un camion.
Il participa à de nombreuses actions combattantes à Châteaumeillant mais aussi à Guéret (Creuse) et à Bourges (Cher).
Tout en participant très activement à cette Résistance armée, il travaillait, toujours chez Monsieur Vacher, mais aussi dans quelques fermes.
Il travailla aussi un certain temps chez un autre menuisier, Monsieur Maurice Chaussé.
Il loua même un bout de terrain sur lequel il faisait pousser des légumes.
Samuel Rozenberg avait une famille à nourrir.
Sa femme, Golda, qui était hébergée dans une ferme avec son aîné, Benjamin, (né en 1930). La plus jeune, Ida, (née en 1937) était placée chez un couple qui n’ayant pas d’enfant s’attacha à la petite fille.
Entre temps, en 1942, un autre enfant arriva, Jean.
L’activité intense de Monsieur Rozenberg, ainsi que l’ardeur et le courage dont il faisait preuve contribuèrent à ce que certains Castelmeillantais le nomment « Bébert ». Bien après la guerre, quand il venait retrouver et remercier les personnes qui l’avaient aidé et protégé, lui et sa famille, celles-ci continuaient à l’appeler «  Bébert ».
En 1944, quand les combats cessèrent, le territoire français libéré, les Résistants furent sollicités pour poursuivre la guerre jusqu’à sa fin. Certains prirent un engagement selon cette proposition.  Bébert » considéra qu’il en avait fait déjà beaucoup, refusa et fut démobilisé.
Il se retira à Châteaumeillant et y habita encore environ une année, avant de regagner son logement à Paris, dont tout le contenu avait disparu.
Bien informé du sort épouvantable que subirent les Juifs, en Europe et en France, il décida qu’un Juif devait rester armé. En cas de besoin, si par malheur, les Juifs devaient se retrouver face à de nouvelles persécutions, il était bien décidé qu’il ne se laisserait pas faire. Monsieur Rozenberg était un combattant dans l’âme.
Pas méchant « pour deux sous », il était prêt à défendre sa vie, celle de sa famille et de ses amis, les armes à la main.Il décida donc de garder son arme. Aujourd’hui, celle-ci intègre le Musée Mémorial des enfants du Vel d’Hiv., le CERCIL à Orléans, et devient ainsi témoin que l’idée reçue, qui consiste à dire que les « Juifs se laissèrent mener à la mort comme des moutons » n’était vraiment pas la vérité.


Ida Rozenberg-Apeloig