l'Actualité de l'Union des Engagés Volontaires, Anciens Combattants Juifs 1939 -1945, leurs Enfants et Amis. - 10 juin 2017

Libération du camp de  BERGEN BELSEN


dimanche 15 avril 1945


«Une histoire de la Shoah, une histoire parmi les milliers d’autres…

Pour que rien ne tombe dans l’oubli » Nadia Grobman

Pola Dymant, la seconde des cinq enfants de la famille Bandman, déportée avec ses deux de ses sœurs, Faïguè et Régine, témoigne du cours de leur vie comme elle se fait un devoir de transmettre l’histoire de la Shoah aux enfants des écoles.

Pola, Faïguè, Régine et ma mère, du petit village de Kozienice, nées de la même mechpourha, étaient cousines germaines.

Janvier 1945 – « d’Hindenbourg à Bergen Belsen, la marche de la mort » –

Elles sont si fatiguées, si proches de basculer à tout instant, chaque pas pèse si lourd… Il s’en est fallu de peu et pourtant ce jour-là, la mort n’a pas voulu d’elles. Etroitement unies, elles se sont entraidées, relayées l’une, l’autre, relevant celle qui tombait… Miraculeusement rescapées de cette  ultime épreuve infligée pour que la souffrance, le découragement, le froid, la faim, la soif, aient raison de leur épuisement.

 « Liberté, liberté chérie ! »

Cependant, malgré ce dernier supplice, malgré tout ce qu’elles avaient enduré depuis le premier jour de leur déportation, l’instinct de vie, profond, tenace, les dépasse, les force à pouvoir encore se projeter jour après jour plus loin dans le temps, à entretenir du fond de soi la folle espérance de sortir de cet enfer et d’imaginer l’ivresse des jours de liberté. Auront-elles cette force de tenir, d’aller au bout du chemin, de survivre ? 

Pola se souvient :

« Cette épreuve a décimé des milliers d’entre-nous. Exangues, mais encore en vie, nous sommes arrivées à Bergen Belsen. Le thypus fait des ravages. L’angoisse nous tenaille, arrivera t’il à temps ce moment de notre libération ?

Et nous avons tenu jusqu’au jour béni du 15 Avril 1945 !!!

15 avril 1945 – 15 avril 2015 - Il y a 70 ans, jour pour jour, le camp de Bergen Belsen a été libéré par l’armée britannique !!!

« Mir zenen do » ! Vivantes toutes les trois !

Ce jour de notre libération, nous l’avons vécu comme une seconde naissance. Nous sommes nées deux fois, mes sœurs et moi. La première, le jour où notre mère, bénie soit-elle, nous a mises au monde dans notre petit village de Kozienice, près de Varsovie, puis en ce jour du 15 avril 1945, ce jour miraculeux de la libération de Bergen Belsen».


Pola continue. Elle me décrit le calvaire des communautés juives de Pologne.

« Nous avions quitté Kozienice et trouvé du travail à Pionki.

Septembre 1939 - Lorsque les nazis ont envahi le village, dans Pionki ghettorisé les persécutions, les humiliations, les violences et les déportations ont immédiatement commencé à décimer la population juive.

De même, à Kozienice, notre village, celui de ta grand-mère, Nadia, ta grand-mère, ma chère tante Narha, que j’aimais tant.

De même pour tous ceux des villages environnants, celui de Zwolen aussi, Nadia, le village de tes grands parents paternels.

Aucun d’entre eux n’a survécu, ni tes grand-mères, ni tes tantes, tes oncles, ni tes cousins, cousines, aucun des petits enfants. Tous ont disparu, il ne nous reste que le souvenir… et les larmes. 

1942 -« Ils» sont venus nous arrêter.

Faiguè, Régine et moi, étions âgées de vingt, vingt-deux et vingt-quatre ans.

Après la liquidation du ghetto, « ils » nous ont déportées avec nos parents dans le camp d’extermination de Pionki. Dans le camp, nous avons été séparées d’avec les hommes, mon père, mon frère, puis d’avec notre mère.

Nous l’avons vue partir. Son cri d’adieu, ses derniers mots resteront en nous, jusqu’à notre dernier souffle, « Bension, zolst dem kaddish zogen» ! (Bension, tu diras le Kaddish » !)
Bension était le second des enfants de la maison, le seul garçon, il était musicien, il était notre fierté, il était violoniste.

Il a tenu jusqu’en 1945… peu de temps avant la libération du camp de Buchenvald.

Mendèlè, notre père a été exterminé à Auschwitz.

Notre mère, Raïzèlè, notre sœur aînée Sarah Narha et ses deux petits enfants ont été gazés à Tréblinka.  »

1944 - 1945 - Après la liquidation du camp de Pionki, Pola, Faïguè et Régine ont été déportées à Auschwitz et du camp de Hindenbourg à celui de Bergen Belsen.

Bergen Belsen, dernier des camps qu’elles auront eu à subir depuis leur déportation et la séparation d’avec les leurs.

1946 -Recueillies par l’OSE, elles et leurs maris, Charles, Albert et Moniek. sont arrivés à Paris. J’avais 13 ans. Je me souviens. C’était une grande joie ! Trois cousines me sont tombées du ciel, jeunes, belles, affectueuses. Ce que je ne pouvais prendre en compte à l’époque c’était ce que je représentais pour elles. Avec moi, la mechpourha reprenait vie. J’étais la petite fille de leur chère tante Narha, qu’elles évoquaient si souvent, à chaque occasion. … 

Nous étions proches et souvent ensemble, c’était si simple : elles avaient trouvé de quoi se loger dans le 20ème rue des Amandiers, à deux pas de chez nous. Et j’ai vu naître les enfants, les petits enfants.

Aujourd’hui, Maman n’est plus, mais le lien qui nous unit est encore vivace, nous nous retrouvons pour tous les événements importants de nos familles et j’aime toujours autant les entendre me parler de ma grand-mère. Cette grand-mère que j’aurai tant aimé connaître, tout comme la grande majorité de ceux et celles de ma génération auraient aimé connaître la leur…


Messagère de Pola, j’ai tenu à transmettre son témoignage, l’histoire des siens dans les petits villages de Pologne et celle du jour de leur déportation du camp Pionki à celui de leur libération à Bergen Belsen.





YIDDISH SANS FRONTIERE


LE FESTIVAL DE LA CULTURE JUIVE JUIN 2015


1945 / 2015 

70ème anniversaire de la libération des camps.

« Liberté, liberté chérie ! » C’est sur ce thème que se déroulera, le 21 juin 2015, la Journée des Associations qui rassemblera comme chaque année un grand nombre de nos amis, jeunes et moins jeunes, tous attachés à ce rassemblement pour lequel Yiddish Sans Frontière s’investit sans ménager ses efforts.

Pour la seconde année consécutive, au Carreau du Temple, lieu emblématique de la vie juive de Paris, chacune des associations accueillera le public en ayant à cœur de développer ce thème de Liberté dans les différents projets exposés au cours de cette rencontre, thème qui prend tout son sens en cette date anniversaire de la libération des camps.


---------------------------------------------------------------------------------------------------------------


Historique succinct des événements 
de la 2ème guerre mondiale 1939 - 1945
et de l'histoire de ma famille 

Les années 1925 - 1930 - La génération de nos parents originaires de l'Europe de l'Est dont la majorité venait de Pologne s'est installée en France.

« La France, terre des droits de l'homme, terre de liberté»

Il se disait cette maxime« heureux comme un juif en France ».

Leur langue natale était le yiddish. Dès leur arrivée, ils ont été confrontés aux difficultés de la langue, le français: des lettres et non des caractères, leur modestie financière, la recherche de travail et d'un toit pour se loger.

Ils se regroupent en associations, en sociétés au nom de leurs villes et villages.

Mais les événements ne leur donneront pas le temps de retourner chez eux, ils n'ont pas revu leurs parents, leur famille, leur village.

1933 - Dès l'arrivée d'Hitler au pouvoir en Allemagne, commence la persécution des juifs. Mis au ban de la société, synagogues brûlées, magasins brisés « la nuit de cristal », spoliés, dépouillés de tous leurs biens, contraints à exil, déportés.

1939 - Hitler occupe la Pologne.

Les juifs enfermés dans les ghettos de Varsovie et dans les 640 petits ghettos polonais ont tous été massacrés, déportés, enfermés dans les synagogues mises à feu, les enfants mouraient de faim dans les rues. .. ce fut une mise à mort du peuple juif sans précédent.

3 septembre 1939 - Dès cette occupation brutale, immédiatement la France et l'Angleterre entrent en guerre contre l'Allemagne ­

Aussitôt, en masse, les 25000 juifs de France, ces 25000 «juifs étrangers» qui n'ont pu encore acquérir la nationalité française, se portent volontaires et rejoignent les armées françaises pour combattre l'ennemi.

On peut dire que la majorité des juifs étrangers en âge de porter les armes se sont engagés. Pour eux, pour pouvoir enregistrer leur engagement, il a fallu créer des bureaux de. recrutement. Ils ont envahi Paris, des files entières étaient massées dans les rues, ils attendaient leur tour. Les photos parues dans la presse de l'époque évoquent l'importance massive de cette population. Décidés à réagir, no jeunes pères, nos oncles avaient pris position, celle de résister à l'ennemi.

Par milliers, ces hommes acharnés au combat sont tombés sur les champs de bataille.

Ils avaient connu les pogroms en Pologne, l'antisémitisme, ils savaient pourquoi ils se battaient, ils ne se faisaient aucune illusion sur le sort que le nazisme réservait aux juifs, sur le sort de leur famille restée au pays natal, tout comme celui de leur femme, leurs enfants qu'ils laissent seuls face à l'adversité, animés de cet esprit, ils ont combattu jusqu'au dernier jour de la Bataille de France, jusqu'au sacrifice de leur vie contre cet ennemi dont ils connaissaient la barbarie.

La bataille de France n'a a duré que quelques mois, jusqu'en juin 1940, nos pères ont été faits prisonniers, convoyés et parqués dans les stalags allemands.

Ils s'étaient conduits de manière exemplaire, courageuse, valeureuse, ils ont été reconnus par la Nation, ils ont reçu les honneurs et les citations pour eux-mêmes et pour leurs régiments. Nous qui sommes leurs enfants, nous perpétuons leur mémoire et continuons à gérer l'association qu'ils créèrent après leur retour de captivité dans les stalags allemands.

Mon père Mayer Goldsztajn a été un de ceux là.

J'aime lui rendre hommage en rappelant qu'il a été l'un de ceux qui se sont évadés de leur stalag et ont pu rejoindre la France dite « libre ».

Il s'est retrouvé dans le petit village de Chaux des Prés du Jura, lui qui était cordonnier est devenu « bûcheron » dans la scierie des Bouvet qui lui ont procuré un toit.

Notre histoire, maman, ma petite soeur et moi, à deux reprises nous avons tenté de le rejoindre, la première ayant échoué, quelque temps, maman a pris le risque de renouveler ce passage de la ligne de démarcation à Chalons sur Saone.

Nous avons vécu pendant une année à Chaux des Prés jusqu'à l'arrivée de Barbie.

Dans les petits villages de montagne ce fut un temps d'abominations, de torture, de déportation. Maman Ida et moi, nous avons fui vers Lyon - Mon père est demeuré à Chaux des Prés. Maman a trouvé du travail à Lyon et nous deux, Ida et moi, nous nous sommes retrouvées cachées par la résistance juive chez des nourriciers à 5 kms de Lyon, dans le petit village de Colombiers, cachées sou les nom et prénoms de Irène et Jacqueline GONIN. 

Je dois rappeler ceux qui sont entrés en résistance dans tous les maquis de France, ceux qui ont rejoint de Gaulle en Angleterre, René Cassin, Mendès France, etc. .. et les obscurs qui nous ont aidés, sauvés, cachés, au péril de leur vie. Je dois y ajouter le rôle des femmes dans les réseaux de résistance dans les missions de sauvetage des enfants, leur trouver des caches et les convoyer dans les villes et les petits villages de France, dans les fermes ou chez les particuliers, et de tous ceux qu'elles ont menés en Suisse. .

Il faut se souvenir des réseaux de résistance de Jean Moulin, de Louis Aubrac, du Colonel Fabien (premier acte de résistance, il a tué un officier allemand en plein Paris) Joseph Epstein dit Colonel Gilles - dénoncé - fusillé au Mont Valérien en 1944 et des actions de sabotage des résistants les Forces Françaises Libres - FFI- les Forces Françaises Libres - FFL - et les Francs tireurs partisans, FTP, qui ont lutté contre l'occupant nazi.

Et les soldats du général Leclerc, la 2ème DB (division blindée) -libératrice de Paris ­Ceux du Général de Lattre de Tassigny.

Et l'horrible découverte du désastre de la Shoah, l'insupportable industrialisation de la mort ce génocide perpétré par Hitler et sa clique nazie. Ils ont anéanti 6 millions des nôtres, anéanti 6 millions d'êtres humains pour le simple fait qu'ils étaient juifs, ils ont massacré nos pères, nos mères, nos sœurs, nos frères, anéanti les juifs d'Europe de l'Est, peuple désormais exsangue privé de sa langue maternelle, ce yiddish qui était leur langue et qu'ils n'ont pas eu le temps de transmettre à leurs enfants.

Les camps d'internement de Pithiviers et Beaune la Rolande -16000 dont 4400 enfants internés, hommes et femmes partis mourir à Auschwitz. 

Le musée du CERCIL perpétue leur mémoire ­

Tous les autres camps, Gurs, Rivesaltes, le terrible enfermement du Struthof.

La dénonciation des enfants d'Izieu, leur extermination dans le camp d'Auschwitz.

Et les charniers de milliers des nôtres, hommes, femmes, enfants, découverts dans les pays baltes, révélation qui vient récemment d'avoir lieu grâce à l'admirable ténacité du père Desbois.

Nadia Grobman­