l'Actualité de l'Union des Engagés Volontaires, Anciens Combattants Juifs 1939 -1945, leurs Enfants et Amis. - 10 juin 2017

    D'une petite rafle provençale...   
Nelcya DELANOE

                                                    

Préface de Laurent JOLY
Aux éditions du Seuil.

1940 - Aragon et Elsa font partie du groupe d’intellectuels et d’écrivains constitué par Pierre Seghers à Villeneuve les Avignon, dans la zone non occupée du sud de la France.

1942 - Aragon assiste impuissant aux rafles des juifs du 31 août.

Dans ce petit village de Villeneuve les Avignon, faisant allusion à ces rafles, Aragon compose

« Le médecin de Villeneuve » 

Sous forme de message codé, son poème dépeint « un village aux fenêtres étranges, un vent de violence, la chute d’un corps dans le noir du silence, le retour des pastoureaux ( les croisés massacreurs de juifs en 1320), les diables de l’enfer, etc… » .

Ecrit qui sera refusé par la censure de Vichy… trop clairement évocateur !

2009 – Nelcya Dekanoë prend connaissance de ce poème.

Résidante du cru du temps de ses années de jeunesse, jamais elle n’avait entendu la moindre illusion à une rafle de juifs dans le village.

Plus qu’intriguée, elle tente d’en savoir plus auprès des habitants de Villeneuve dont elle n’obtiendra que des bribes de souvenirs d’un intérêt mineur, « peu parlants les villenevois… »

Confrontée à ce silence, elle prend le parti de se lancer à la recherche de documents d’archives qui la mènera, pendant de longs mois, de Villeneuve à Nîmes, Angle, dans le Vaucluse, à Paris, en quête d’un nom qui pourrait enfin la mettre sur un début de piste.

Investie cœur et tripes dans cette recherche qui ne lui laisse pas de répit, elle fera jouer ses compétences d’historienne pour aboutir à la reconstitution de cette page d’histoire…

Et le lecteur accompagne l’auteure dans son tourment obsessionnel de connaître la vérité, retrouver, faire revivre les « raflés » à qui elle donne forme humaine, dont elle imagine la stature, le visage…

A ses côtés, il compulse les listes de papier pelure si difficiles à déchiffrer, souffre de son désarroi quand les recherches s’avèrent infructueuses, la suive dans le dédale de ses fouilles des archives nationales de Paris, aux villes du Gard jusque dans celles des plus petites municipalités des alentours, et parfois doute avec elle quant aux « dires vrais » du poème, des rafles de juifs dans le village ?

Mais il y aura un aboutissement, Aragon n’a pas témoigné en vain, il y a eu des rafles dans la si jolie petite bourgade de Villeneuve les Avignon, hélas !

Minutieux travail d’historienne, captivante enquête, captivant ouvrage à lire et à relire.


Perdue dans le labyrinthe des fouilles minutieuses qui la plupart du temps s’avèrent infructueuses, elle avoue parfois son désarroi, mais elle continuera ses investigations jusqu’à la découverte, au hasard de ses recherches, d’un vieux papier jauni qui lui permettra enfin,d’arriver au bout de son effort et de pouvoir reconstituer les listes des raflés de son village.

Elle nous en décrira les origines, nous fera connaître le quotidien de la vie juive des réfugiés à Villeneuve, les arrestations, les déportations. Sans appel, en obéissance aux injonctions de l’occupant, ces rafles ont été perpétrées sur les ordres zélés de Bousquet, Darquier de Pellepoix, mais aussi sur les dénonciations des petites frappes du pays, d’où bouche cousue de la population qui ne veut pas se souvenir…Elle a souvent puisé ses informations dans les ouvrages de Serge Klarsfeld.



Nadia Grobman