l'Actualité de l'Union des Engagés Volontaires, Anciens Combattants Juifs 1939 -1945, leurs Enfants et Amis. - 10 juin 2017

Le 20 mars 2013, en qualité de délégués de notre association, l’Union des Engagés Volontaires, Anciens Combattants Juifs leurs Enfants et Amis, Ida Apeloig, Simon Grobman, Paul Roche et Paul Enjcherand, ont assisté au dîner du CRIF. Ils ont prêté une attention toute particulière à la teneur des interventions de Mr Richard PRASQUIER, Président du CRIF et à celle de Mr François Hollande, Président de la République.

 Ci-dessous, la teneur intégrale de ces deux discours.

Discours de François Hollande :

Le dîner du CRIF est un rendez-vous précieux pour la République car il réunit non pas seulement la communauté juive mais toutes les sensibilités politiques, tous les cultes, et les représentants de nombreux pays. 

Il est aussi un moment rare d'échange, parfois d'interpellation et toujours de confiance. Il vient nous rappeler le lien entre la France et sa communauté juive. Un lien qui remonte jusqu'au plus haut Moyen-Age et qui fut scellé par la Révolution française. C'est en effet sous la Constituante, le 27 septembre 1791, que les Juifs, pour la première fois en Europe, sont devenus des citoyens. Persécutés pendant des siècles, ils accueillirent alors, avec bonheur, cette déclaration: « L’Assemblée nationale révoque tous arguments, réserves et exceptions insérés dans les précédents décrets relativement aux individus juifs ». 

Ce fut le début d'une longue histoire, celle du judaïsme dans la République. Une histoire marquée par quelques hautes figures. 

Edmond Fleg, le philosophe, qui sut dire le lien essentiel entre l'universalisme juif et l'universalisme républicain, entre le « peuple des droits de l'Homme» et le « peuple des dix commandements ». ' 

Jules Isaac, ce grand professeur, qui - a travers les manuels « Malet-Isaac » - enseigna a des générations d'écoliers français le récit de leur pays. 

René Cassin, vice-président du conseil d'Etat, auteur de la déclaration universelle des droits de l'Homme, prix Nobel de la paix - qui fut pendant trente ans le président de l'Alliance israélite universelle, cette institution dédiée a la diffusion a la fois de la culture juive et de la langue française. 

Simone Veil, dont la vie témoigne d'un attachement irréductible a la France mais aussi des souffrances dont la France n'a pas su la protéger. 

Car cette histoire des juifs en France connut ses moments de fracture. 

Il y eut, a la fin du XIXeme siècle, l'affaire Dreyfus et l'hystérie antisémite a laquelle elle donna lieu. Mais c'est précisément en faisant allusion a cette affaire Dreyfus qu'en Lituanie, le père d'Emmanuel Levinas put s'adresser ainsi a ses enfants: « Un pays ou l'on se déchire sur le sort d'un petit capitaine juif est un pays où il faut aller sans attendre ». 

Cette confiance allait, hélas, être trahie en 1940. Ce fut le statut des Juifs, puis la déportation de 76.000 Juifs de France avec la complicité active de l'Etat français. Je l'ai rappelé, après le président Jacques Chirac, le 22 juillet dernier, sur les lieux mêmes de la rafle du Vel' d'Hiv: la France, il y a 70 ans, manqua a sa parole et a sa grandeur. L'honneur fut sauvé aussi par la France, celle de la Résistance; des Justes et des anonymes qui, sans même mesurer leur propre héroïsme, tendirent la main aux innocents. 

Mais d'autres blessures allaient suivre, rendues plus insupportables encore par le souvenir de la Shoah. Vous en avez évoqué quelques-unes, Monsieur le président, et chacune est une douleur. Je pense a l'attentat de la rue Copernic, le 3 octobre 1980, quand une bombe tua quatre personnes, un vendredi soir, devant une synagogue, pendant l'office de shabbat. Je pense aussi au massacre qui coûta la vie à 6 personnes, le 9 août 1982 devant le restaurant Goldenberg, rue des Rosiers. Je pense au supplice plus tard infligé a lIan Halimi, enlevé et torturé a mort, dans la région parisienne, en février 2006, parce qu'il était Juif 

A chaque fois nous avons espéré que cette liste sinistre s'arrêterait. Jusqu’à ce 19 mars 2012 à Toulouse, a l'école Ozar Hatorah, ou un attentat antisémite tuait le rabbin Jonathan Sandler, ses fils, Gabriel, et Arieh, et Myriam Monsonego, la fille du directeur de l'école. Le Président Nicolas Sarkozy s'était immédiatement rendu sur place. Le 1er novembre dernier, j'ai tenu a accueillir Benjamin Netanyahu sur les lieux mêmes ou s'était produite la tragédie. Et dimanche, à Toulouse, un an après, j'ai présidé une cérémonie à la mémoire des victimes, auxquelles nous avons associé nos soldats, Imad Ibn Ziaten, Mohamed Legouad, Abel Chennouf, assassinés lâchement par le même terroriste. 

Pour la communauté juive, comme pour la République tout entière, il y a un avant et un 
après Toulouse. 

C'est pourquoi j'ai voulu que soient tirées toutes les leçons de cette tragédie. 

Le gouvernement a renforcé partout ou c'était nécessaire la sécurité de la communauté juive -de ses centres d'études, de ses écoles, de ses synagogues. 500 bâtiments ont fait l'objet de mesures. C'est la responsabilité de l'Etat : la République est garante de la liberté de conscience et donc du libre exercice des cultes. Mais comment admettre que la police ait à protéger, au début du XXIème siècle, des écoles ! Que des enfants puissent redouter de s'y rendre et des parents de les y envoyer ! La République sera en paix avec elle-même lorsque cette peur-la aura disparu. C'est notre honneur autant que notre devoir. 

Depuis dix mois, les services de police sous l'autorité de la Justice ont démantelé plusieurs groupes terroristes - comme à Sarcelles, à Torcy et très récemment à Marignane- qui s'apprêtaient, de façon imminente, à passer a l'acte. 

Une réforme des services de renseignement a été engagée pour renforcer la coordination entre la direction centrale et les services territoriaux, créer une véritable inspection interne, améliorer le partage de l'information, établir une relation simple entre la Justice et la police. 

Une loi a été adoptée en novembre dernier et votée à l'unanimité. Elle permet de poursuivre et de condamner en France ceux de nos ressortissants qui, à l'étranger, se livrent à des agissements terroristes et à des entraînements. 

Mais il Y a une autre leçon de Toulouse, vous l'avez évoquée, Monsieur le Président. Nous la connaissions, mais elle s'est rappelée à nous de façon terrible : c'est que l'horreur ne décourage pas la haine. Depuis un an, les actes antisémites n'ont pas cessé. 

Les chiffres sont implacables et encore sous-estiment-ils la réalité. Car toutes les victimes ne portent pas plainte et trop de plaintes sont classées sans suite. Les procédures seront donc simplifiées, avec la possibilité d'un dép6t de plainte sans constitution de partie civile pour les injures, diffamations et provocations racistes et antisémites. Nous serons sans faiblesse. 

Car l'antisémitisme n'est pas seulement la haine des juifs. Il est la détestation de la France. 

La France est la patrie des droits de l'Homme. Elle est le pays qui, dans sa devise, a inscrit le mot « fraternité ». 

C'est cet esprit qui doit inspirer nos lois et nos actes. C'est lui encore qui doit irriguer la formation de nos fonctionnaires, la culture de nos citoyens, et d'abord l'éducation de nos enfants. 

Eduquer, c'est avant tout ne pas oublier. 70 ans après la Shoah, la connaissance de ce qui s'est passé est une exigence. Ce crime, unique dans l'histoire, ne peut être comparé à aucun autre. La Shoah doit pouvoir être enseignée et ses leçons méditées, partout, dans tous les collèges et les lycées de la République, dans nos villes, nos villages, nos banlieues, nos cités. 

L'éducation, c'est aussi la transmission de disciplines et de repères. C'est le sens de l'enseignement de la « morale laïque » que le ministre de l'éducation nationale instituera, tout au long du parcours scolaire. 

Mais je veux aussi mettre un terme a ce qui se passe sur Internet. Dans cet univers virtuel ou tous les écrits, toutes les images circulent librement, la haine peut aussi se glisser et se répandre. 

La diffusion massive de « tweets » antisémites à l'automne dernier en a été une illustration. Il a donc été demandé aux réseaux sociaux de retirer ces messages racistes et antisémites dés qu'ils sont signalés par une association. Des tribunaux les ont, depuis, enjoint de transmettre les données permettant l'identification des auteurs de ces messages. J'ai demandé à la Garde des Sceaux de faire exécuter ces jugements. Il ne peut y avoir d'impunité pour leurs auteurs, ils doivent savoir qu'ils seront poursuivis et condamnés. 

Lutter, lutter sans relâche contre le rejet des autres, contre tous les racismes, contre toutes les intolérances : voila notre mission pour un pays uni et fort. 

Mais combattre toutes les haines, ce n'est pas les confondre. 

L'antisémitisme est une haine très particulière, qui plonge loin dans l'histoire. Il s'est toujours nourri de mythes et il a constamment réanimé ses obsessions à force de fables ou de mensonges. 

L'antisémitisme a bien des formes. Celles d'hier n'ont pas disparu. D'autres ont pris une dimension nouvelle avec l'islam radical. L'antisémitisme ne se réduit pas à lui et l'islamisme radical ne se réduit pas à l'antisémitisme. Mais cette menace existe, et nous devons l'affronter. 

Cet extrémisme n'est pas l'islam. Il dévoie, il pervertit l'islam. Les musulmans en sont les victimes. Ils souffrent de voir leur foi, leurs textes sacrés, leurs traditions, ainsi atteintes. Ils souffrent aussi des confusions, des amalgames et des caricatures. 

Je salue les responsables du culte musulman qui sont ici ce soir. Leur présence a un sens. Elle a une portée qui n'échappe à aucun d'entre nous. 

Ils participent au sein de la République à la lutte contre l'extrémisme et je les remercie d'avoir soutenu dès le premier jour la décision que j'ai prise d'intervenir au Mali. 

Ce qui était en jeu, c'était l'intégrité d'un pays ami, un pays musulman à 90%. C'était aussi l'équilibre de l'Afrique de l'ouest. 

Notre intervention a permis d'obtenir, en deux mois, des résultats importants. L'offensive des groupes terroristes a été enrayée, puis les villes du nord du Mali, libérées. Et désormais la quasi-totalité du territoire. 


Je salue le courage de nos soldats. Comme vous, je rends hommage à nos cinq militaires, tués au combat. Ils sont morts pour la plus juste des causes. Je pense à nos otages, tout doit être fait pour les libérer. Les peuples libres ne sont jamais des peuples faibles. 

Cette leçon doit valoir partout dans le monde. 

Je sais que vos regards se tournent en particulier vers Israël. 

Ce pays porte le nom d'un peuple longtemps persécuté. Il a ressuscité l'hébreu, qui était une langue endormie depuis deux mille ans. Il a été créé au lendemain du génocide pour accueillir tous les juifs qui, d’où qu'ils viennent, auraient à souffrir de ce qu'ils sont. 

Votre attachement à Israël est légitime. Léon Blum, en 1950, avait su en exprimer la force: « Juif français, ne parlant que la langue de mon pays, nourri principalement de sa culture, je participe cependant a l'effort admirable, miraculeusement transporté du rêve à la réalité, qui assure désormais une patrie digne, également libre, à tous les juifs qui n'ont pas eu comme moi la bonne fortune de la trouver dans leur pays natal ». 

Aujourd'hui, pour Israël, le grand défi, c'est la paix. Elle passe par la reconnaissance et le respect de la souveraineté de chacun. Tous les peuples ont le droit de disposer d’eux mêmes. Le peuple palestinien a trop longtemps attendu. Il est temps qu'existe, aux cotés d’Israël, un Etat palestinien. C'est l'intérêt même d’Israël: tant que la Palestine n'aura pas de frontières reconnues, Israël n'en aura pas non plus. 

Une paix durable ne pourra provenir que d'un accord juste et négocié entre Israéliens et Palestiniens, avec le soutien de la communauté internationale. Il ne faut plus perdre de temps. Des lors que la seule solution est celle de deux Etats voisins et souverains, vivant en sécurité dans leurs frontières, rien ne doit être fait qui aille contre cet objectif. 

J'ai eu l'occasion de recevoir a Paris le président de l'Autorité palestinienne, Mahmoud Abbas, le premier ministre d’Israël, Benjamin Netanyahou, ainsi que -il y a deux semaines-le président Shimon Peres. A tous, la France tient le même langage, celui de la confiance et de la responsabilité. A chacun, elle demande de prendre sa part des décisions courageuses. 

Mais la paix ne se limite pas a l'enjeu israélo-palestinien, c'est tout le Moyen Orient qui est en cause. 

La France est attentive à la situation du Liban, où les religions et les communautés cohabitent après de terribles déchirements. Et où les pressions s'exercent de l'extérieur mais aussi de l'intérieur avec le Hezbollah dont les liens avec la Syrie et l'Iran sont établis et même revendiqués. Les autorités bulgares ont dit qu'elles avaient les preuves de l'implication des membres du Hezbollah dans l'odieux attentat de Burgas, qui a visé des touristes israéliens, en juillet dernier. L’Europe doit être prête à en tirer toutes les conclusions. 

Je comprends aussi les interrogations qu'inspirent les changements en cours dans les pays arabes de la région. Les révolutions de 2011 se prolongent. Elles ont soulevé des promesses, elles suscitent des craintes. Je pense aux incertitudes en Egypte, aux difficultés de la Libye. 

Mais c'est en Syrie que nous devons porter bien plus que notre regard, et exprimer plus que notre condamnation ou que notre compassion. Bachar-al-Assad mène une guerre massive contre son propre peuple avec au moins 70 000 morts depuis 2 ans. Cette guerre est périlleuse aussi pour les voisins de la Syrie pour le Liban, pour Israël, pour nous tous avec la présence d'une arme chimique. La poursuite de la guerre ne profite qu'a Bachar-al-Assad et aux groupes extrémistes. Il est donc urgent d'accélérer la transition politique en Syrie, et d'amener le régime a le comprendre. C'est pourquoi la France veut renforcer l'alternative démocratique d'abord en la reconnaissant sur le plan politique et en lui prodiguant une aide matérielle mais aussi humanitaire et demain militaire, dans des conditions que nous devons maîtriser. 

Attendre plus longtemps n'offre aucune solution. 

Mais la plus lourde menace pour la sécurité d’Israël, l'une des plus grandes aussi pour la paix du monde, c'est le nucléaire iranien. Les autorités de ce pays multiplient les déclarations appelant a la disparition d’Israël. Ce dessein revendiqué, associé a la volonté affichée de poursuivre un programme nucléaire, hors de tout contrôle international, est donc une menace majeure. Il ne peut être question que l'Iran puisse accéder à l'arme atomique. 

Ce n'est pas seulement la sécurité d’Israël qui est en cause, c'est celle du monde entier. 

Les dirigeants iraniens doivent se conformer à leurs engagements internationaux, aux résolutions de Conseil de sécurité, à celles de l'A.I.E.A. Et il est plus que temps sinon ils feront face à de nouvelles sanctions et aussi à toutes les conséquences de leur aveuglement. Et les autorités iraniennes auraient tort de compter sur la faiblesse supposée de leurs interlocuteurs. Qu'elles réfléchissent et pèsent avec soin les conséquences de leurs actes et du défi permanent qu'elles lancent a la communauté internationale. 

La France assumera ses devoirs, elle ne manquera pas à sa parole. 

Voila ce que je tenais a vous exprimer ce soir, simplement, franchement, sincèrement. C'est l'intérêt d'une telle rencontre. C'est la marque du respect que je porte aux institutions fédérées par le CRIF. Vous allez célébrer son 70ème anniversaire dans les prochains mois. 
Je veux souligner son rôle dans la République : celui d'un représentant des institutions juives, et d'un interlocuteur constructif des pouvoirs publics. 

Je salue Richard Prasquier, qui quittera ses fonctions au mois de mai. Je le remercie d'avoir été, au long de ses six années de présidence, la voix exigeante de la communauté juive et fidèle à la République. Je lui adresse mes vœux pour la poursuite de ses engagements, au service des causes qui lui sont chères et notamment de celle qui a fait l'unité de toute sa vie : la mémoire. 

Cette mémoire, celle de la souffrance et de l'espérance juives, c'est celle de l'humanité. 

De même, l'histoire et l'avenir des Juifs de France, ce ne sont pas l'histoire et l'avenir des Juifs, mais ceux de la France. 

Toutes les identités, toutes les trames singulières, toutes les histoires personnelles, toutes les mémoires blessées qui composent la conscience nationale appartiennent solidairement à la France. La France est faite de nombreuses influences mêlées d'immigrations successives, d'innombrables apports particuliers dont chacun est irremplaçable. 

Parmi ces apports, celui des Français juifs, ces « enfants d'Abraham et de Marianne », héritiers d'une parole et d'une tradition, et qui n'ont jamais cessé de faire à leur patrie le don de leurs talents. 

Ils l'ont défendue quand elle était menacée. Ils ont produit des chefs d’œuvre de son patrimoine culturel. Ils ont contribué à sa prospérité. Et ils l'ont fait sans jamais oublier les racines profondes qui les rattachent au judaïsme. 

Notre pays a besoin de tous. 

Sans vous, la France ne serait pas la France. Avec vous, elle peut être plus grande encore.




Discours de Richard Prasquier :

C'était il y a un an et c’était hier, c'est tous les jours pour leur famille et tous les jours pour nous aussi. Fier de lui, l'assassin s’était filmé et la chaîne célèbre à laquelle il les avait envoyées a failli diffuser les images. 

Pendant quelques secondes, sans nous lever, sans parler, pensons aux victimes et ià leurs familles et pensons au monde que nous voulons laisser à nos enfants 

Jonathan Sandler, ses deux fils Arieh et Gabriel, la petite Myriam Monsonego, mais aussi les soldats assassinès: Imad Ibn Zlaten, Mohamed Legouad, Abel Chennouf et les blessés, Lozc Lieber, tétraplégique, et Brian Bijaoui. 

L'assassin n 'était pas un schizophrène muré dans sa psychose, il n'était pas, non plus, une victime de la société. 

Il avait sa vision du monde. Il avait ses proches, ses amis, ses maîtres, ceux qui lui avaient ensigné que tuer des ennemis le conduirait au paradis et à ses récompenses. 

Pour les nazis, les Juifs n’étaient pas des hommes bien qu'ils en eussent les apparences. C’étaient des rats. Il n y a aucun mal ià tuer un rat. Cela évite la peste. Encore faut-il savoir détecter le rat derrière la figure humaine. 

L'assassin de Toulouse ne tuait pas des enfants d'homme, mais des fils de porc, de singe ou de chien, hybrides maudits il l'apparence trompeuse. Cette description est courante dans le monde arabe. Merah se filmait pour instruire des militants moins aguerris, car tuer des enfants, c'est psychologiquement difficile. Les assassins des enfants Fogiel à Itamar avaient donné l'exemple. 

Comme le nazisme, l’idéologie de Mohamed Merah déshumanise ses adversaires. 

Cette idéologie, c'est l'islamisme radical. 

Pas question de confondre islam et islamisme radical. A ceux qui insistent sur la violence du Coran contre les Juifs, je rappelle le massacre des Midianites au chapitre des Nombres et les bûchers de l'Inquisition. 

Nier qu'une religion puisse être meurtrière est absurde. Nier qu'elle puisse élever l'individu l'est également. Une religion peut être admirée, elle doit pouvoir être attaquée. Le droit au blasphème est essentiel à une société de liberté. Le supplice du chevalier de la Barre fait partie d'une époque révolue. 

Empêcher la critique d'une religion, c'est bâillonner la pensée. Mais persécuter, discriminer, agresser, humilier des individus parce qu'ils appartiennent à une religion est ignoble et doit être interdit. 

Partout. Dans le monde entier. 

Nous devons en prendre conscience: en France, les Juifs ne sont pas discriminés. Mais les musulmans le sont trop souvent. Cela provoque un ressentiment qui peut être le premier pas sur la route de la révolte. 

Je trouve détestable l'islamophobie, mais je trouve inquiétant qu'on en fasse un crime: le crime, ce n'est pas quand on attaque l'Islam, le judaïsme, le christianisme ou l’athéisme. C'est quand on attaque les musulmans parce qu'ils sont musulmans, appelons-le musulmanophobie, les Juifs parce qu'ils sont Juifs, c'est l’antisémitisme, les chrétiens parce qu'ils sont chrétiens, et les athées parce qu'ils sont athées. 

En tuant l'adjudant ibn Zlaten, Merah savait parfaitement qu'il tuait un musulman. Les musulmans sont les premières victimes de l'islamisme radical, mais Merah fait partie de l'Islam, comme Torquemada du christianisme et Baruch Goldstein, malheureusement, du judaïsme. 

Youssef Qaradhawi n'est-il pas musulman ? Ce maître spirituel des Frères Musulmans, le prédicateur le plus célèbre du monde, a dit: « Allah a impose aux Juifs des personnes pour les punir de leur corruption. Le dernier châtiment a été administre par Hitler. C’était un châtiment divin. Si Allah le veut, la prochaine fois, ce sera par la main des musulmans ». 

Sans commentaires. 

Je pèse mes mots, je pense que l’antisémitisme n'est pas consubstantiel à l'Islam, mais il ne 
faut pas dire que de telles paroles ne représentent pas l'Islam, puis inviter leur auteur devant des foules enthousiastes. 

Chacun doit lutter contre les fanatismes qui s'allument dans son environnement. Il n'y aura pas de victoire contre l 'intolérance si cette lutte n'est pas menée d'abord par les musulmans eux-mêmes. 

Que ceux qui conduisent déjà ce combat difficile et indispensable soient remercies et soutenus. 

Pas au nom du CRIF. Pas au nom des Juifs. Au nom de la liberté. Au nom de la France. 

Monsieur le Président de la République, 

La lutte contre l'Islamisme radical, vous l'avez engagée au Mali avec détermination et clarté. Nous sommes fiers de notre armée et nous sommes reconnaissants aux cinq soldats tombes pour la patrie. 

Vous avez vu à Tombouctou libérée la joie de la population, dans cette ville mythique où avaient été détruits les mausolées et les bibliothèques. 

Lorsque la chape de plomb du totalitarisme sautera également a Téhéran, Pyong Yang et Gaza, nous verrons que les aspirations des peuples vers la liberté sont les mêmes partout dans le monde. 

Après les assassinats à l’école de Toulouse, la révulsion fut unanime. La campagne présidentielle fut mise entre parenthèses. Les familles se sont senties soutenues par la communauté nationale tout entière. 

Tout entière ? Pas complètement. 

Il y eut les refus de minute de silence dans certaines classes. 

Il y eut ces phrases qui sont d'effroyables défis : 

«Mohamed Merah est notre idole, Mohamed Merah est un héros de l'Islam ». 

Dans les semaines âpres l'attentat, les actes antisémites ont flambé. 

La même situation s'est produite après l'attentat contre une épicerie de Sarcelles. A cette occasion, je voudrais exprimer notre reconnaissance, en tous lieux et en tous événements, pour la mobilisation exemplaire des autorités municipales, la vigilance et la réactivité des forces de police. Peu de temps après elles démantelaient une dangereuse cellule terroriste de convertis responsable de cet attentat qui aurait pu avoir des conséquences dramatiques.

Après les assassinats de soldats, il n'y pas eu d'agression contre d'autres soldats, après les assassinats de Juifs, les agressions contre les Juifs se sont multipliées. Le crime contre les Juifs déchaîne les pulsions mimétiques et pave la route au crime suivant. C'est la terrible passion antisémite. 

Le rejet complet du racisme est un des sentiments les plus forts qui m 'habitent, mais je ne sais pas si Mohamed Merah était raciste. 

Il voulait tuer des soldats français et des Juifs. Il y a suffisamment de racisme pour qu'il ne serve pas de cache-sexe à la haine de la France et à l’antisémitisme. 

N'oublions pas le triste palmarès que détient notre pays: les quatre victimes de Copernic, octobre 1980, Sébastien Sellam, novembre 2003, Ilan Halimi, février 2006, Myriam Monsonego, Jonathan, Gabriel et Arieh Sandler, mars 2012, sont morts car leurs assassins ont cherche à tuer des Juifs. 

Il ne faut pas se rassurer au prétexte que les émules potentiels de Merah sont marginaux. Ils ne le sont pas. 

Sur 'You tube' un bref documentaire récent montre un éducateur aux Pays Bas parlant de Anne Frank a un groupe d'adolescents. 
Ils lui répondent que les Israéliens ont tué des millions de Palestiniens a Gaza. Pourquoi alors tant insister sur la Shoah ? Hitler avait raison de ne pas aimer les Juifs, mais il n'en a pas tue assez.... 

Ce discours est devenu banal. C'est le noyau dur de l’antisémitisme aujourd'hui. Il peut s'y adjoindre des anecdotes et des rumeurs innombrables et grotesques auprès desquelles les fables antijuives du Moyen Age prennent l'aspect de dissertations doctorales. 

Le Comité interministériel de lutte contre le racisme et l’antisémitisme vient d’élaborer un programme que nous soutenons complètement. Son travail dans les groupes où l'endoctrinement antisémite est violent devra obligatoirement s'appuyer sur des techniques pédagogiques et argumentaires créatives. Il sera difficile, mais capital. 

Internet et les réseaux sociaux véhiculent les haines, qui se passent éventuellement de référent religieux. Merah se régalait d'images de décapitation et s'entraînait sur des jeux de guerre hyperréalistes. Sans quitter son appartement, un individu peut se transformer en machine a tuer. 

Notre société doit se défendre .. il Y a bien les barrières des cultures nationales. Mais dans le monde tel qu'il est, défendre la liberté d'expression sans limites témoigne de beaucoup de naïveté ou de beaucoup d'esprit de lucre. 

Les chiffres de l’antisémitisme en 2012 ont été récemment publiés par le SPCJ, auquel je rends hommage, dans le cadre d'une coopération avec le Ministère de l’Intérieur. 614 actes antisémites dont 96 violences contre des individus, 58% de plus que l'an précédent. Ils renouent avec ceux des pires années précédentes, au début des années 2000. 

55% des violences racistes en France visent des Juifs. 

Et ces chiffres qui ne proviennent que des dépôts de plainte, ne sont que la partie visible de l'iceberg ! Bien des insultes, voies de fait ou humiliations, notamment à l’école, n'apparaissent dans aucune statistique. 

Ces risques imposent un renforcement de la sécurisation des lieux ou les Juifs prient, étudient et se rencontrent. 

L'Etat, comme c'est son devoir, nous protège au mieux qu'il peut. Mais le destin des Juifs de France n'est pas de vivre sous protection policière. Quand viendra le jour ou nous pourrons dire : «Nous n'avons plus besoin d'aide, car nous ne sommes plus menacés» ? 

Dans le monde de la droite extrême, certains ont mis leur haine des Juifs au service d'un soutien à l'islam radical, d'autres ont mis leur antisémitisme en sourdine pour mieux exprimer leur phobie antimusulmane. Peu importe: nous ne serons jamais du coté de ceux qui cherchent à prospérer sur la haine envers un groupe humain quel qu'il soit. 

Les partis populistes ont le vent en poupe en Europe. Certains, comme en Grèce, sont ouvertement nazis, mais beaucoup sont faussement anodins. L 'histoire enseigne jusqu’où peut dériver une démocratie, quand le pouvoir politique est accusé de conspirer contre le peuple. 

Juifs ou musulmans sont attaqués aujourd'hui sur des règles structurantes de leur pratique, dont certaines, comme la circoncision, sont plutôt bénéfiques en termes de prophylaxie individuelle. 

Nous sommes vigilants sur ces polémiques, qui témoignent d'un laïcisme de combat, où la France n'est heureusement pas en pointe. L' animosité anti-religieuse est contraire à l' esprit de la loi de 1905, cette loi qui est une référence essentielle de notre société. 

Monsieur le Président de la République, 

La France est mon pays. J'y suis venu bébé. Mes parents n'en parlaient pas la langue, ils n'avaient ni métier, ni argent, ni famille. Nous étions des réfugies polonais. La France nous a donné la liberté, la culture et l'aisance matérielle. C'est peu de dire que j'aime la France. Je lui dois tout. J'en connais l'histoire, ses ombres et ses lumières, et j'ai eu un intense sentiment de reconnaissance lorsque vous avez prononcé à l'anniversaire de la rafle du "Vel d 'Hiv" de juillet 2012 votre merveilleux discours. 

Je fais aussi partie d'un petit peuple qui a beaucoup apporte au monde, qui a cherche à s'unir dans la foulée du printemps des nations au XIXe siècle, qui a failli disparaître au XXe et dont le centre historique et spirituel, mais aussi le garant de sa survie, est l'Etat d’Israël dont la capitale est Jérusalem, chère a notre mémoire et chère a notre cœur. 

Je suis sioniste, comme la grande majorité de la population juive de France et comme tous les membres du CRIF. Pour nous, le sionisme, ce mot qu'on cherche à diaboliser, c'est le mouvement de libération nationale du peuple juif 

On rencontre au CRIF une grande variété de façons de vivre son judaïsme et ses engagements dans la cité, mais nos prises de position sont partagées par la quasi-totalité de nos membres. 

Nous n'admettons pas qu'on appelle au boycott d’Israël, illégal et discriminatoire, comme l'a confirme la Cour de Cassation. Nous n'acceptons pas que des assassins de civils israéliens deviennent des citoyens d 'honneur de certaines de nos cités. 

Il Y a en France des Juifs non sionistes: je ne prétends pas m'exprimer en leur nom. Même parmi eux, ceux qui pensent que le Hamas recherche la paix ne dépassent pas les doigts d'une main. 

En tant que Président du CRIF et citoyen non-israélien, je pense, ce qui ne devrait étonner personne, que le gouvernement israélien démocratiquement élu, est plus légitime et plus compétent que moi pour choisir ce qui est bon pour son pays. 

Je considère qu’Israël est l'Etat du peuple juif, qu'il doit exister un Etat palestinien à ses côtés et je souhaite que ces deux états vivent en paix et en sécurité. 

Cette paix doit s'inscrire sur le papier, mais avant tout dans le cœur des hommes. Or, le cœur des hommes est sollicite d'un côté par les appels à la haine et à la négation de l'autre, de l'autre côté par la tentation de la force et partout par la prétention de s'approprier le projet divin. 

L'heure n'est pas à l’angélisme : le conflit israélo-palestinien est situé dans une région où les démocrates à l'origine des révolutions arabes ont cédé la place aux islamistes. Israël y cimente les divergences et canalise les ressentiments. 

Un Iran nucléaire est une perspective terrifiante. La fermeté de la France est exemplaire, mais les contournements des sanctions, les failles des dispositifs et l'inertie de certains gouvernements incitent les Iraniens à poursuivre l'objectif dont ils n'ont jamais dévié, quelles qu'en soient les conséquences. 

Le Hezbollah tient le Liban et la Finul en otage. L’Europe, qui connaît son rôle dans l'attentat de Burgas, en Bulgarie, et de bien d'autres, ne l'inscrit pourtant pas comme organisation terroriste. Cette frilosité est une faiblesse, nous ne la comprenons pas. Le chantage du Hezbollah et son impunité doivent cesser. 

Monsieur le Président de la République, 

ll y a une autre raison pour laquelle le Président du CRIF parle souvent d’Israël. Elle concerne nos concitoyens juifs, ceux qui n'imaginent pas vivre sans cet Etat. 

Ils éprouvent un sentiment de solitude et d' exaspération qui ne dépend pas uniquement des assassinats, des agressions antisémites, du danger de l'islamisme radical, des inquiétudes démographiques ou des risques sur les pratiques religieuses. 

Je veux parler de ce sentiment pénible d' être continuellement interpellés sur notre soutien à Israël. 
Cette interpellation, je l'appelle israélophobie. 

Je ne demande évidemment pas à l'interdire, je demande à y réfléchir. Elle dépasse la critique, légitime ou pas, de la politique du gouvernement israélien et peut mettre en cause les fondements de l'Etat. 

Je ne parle ici ni d’antisémitisme, ni d'antisionisme, et je ne cherche pas si l'antisionisme est la tenue de camouflage de l’antisémitisme. 

Certains ont une idée si élevée de ce que devrait être un Etat juif qu'ils sont prêts à le voir risquer de disparaître s'il ne se conforme pas à leurs standards moraux suicidaires. D'autres ont une haine réelle d’Israël. 

Ce petit pays dont l'apport scientifique, technique, culturel et artistique est exceptionnel, doit justifier de ce qu'on ne demande il nul autre pays de justifier. Et les Juifs doivent justifier leur soutien à cet Etat prétendument injustifiable. 

Un journaliste a inventé la formule de « vérité du contexte» qui dispense de relater la vérité des faits. Ce« contexte », c'est le prisme narratif de l'israélophobie, celui du Goliath israélien contre le David palestinien. 
Toute complexité est gommée dans ce conflit si complexe. L'information est filtrée par l’émotion qui distord le langage et accepte des images mal sourcées. Une barrière de sécurité devient un mur de la honte, des tirs de semonce deviennent des tirs à vue, des enfants massacrés par Assad deviennent des enfants assassinés par Israël. 

On proteste quand une Cour d'appel admet que des questions se posent sur les incohérences  du reportage sur Mohamed Al Dura, cette mort en direct diffusée au monde par la télévision française il y a douze ans. On a esquivé la très simple enquête technique que le CRIF réclamait. 

L'israélophobie a été le choix politique de l'URSS dans la guerre froide. Il a abouti en 1975 à la honteuse déclaration de l'ONU sur le sionisme et le racisme. 

L'israélophobie est devenue depuis lors une passion collective. 

Elle pave la voie de la délégitimation d’Israël, et devient, même si c'est involontaire, un vecteur de haine antisémite. Elle accepte une monstruosité, le signe égal entre la croix gammée et l' étoile juive. 

Elle donne aux Juifs le sentiment d’être suspects quand ils défendent Israël. 

Elle est au centre de notre malaise. 

En Syrie, le tyran assassine quotidiennement. Son père avait détruit une ville et tué 30 000 personnes dans un silence absolu. 

Au Congo, au Darfour, des années de massacres et de viols. Silence. 

Au Sri Lanka contre les Tigres de l'Elam, 30 000 morts au moins. Silence. 

Et dans tant d'autres pays...... 

Mais les indignés ont l'œil rive sur Gaza, ce curieux « camp de concentration» où en février 2013, 4 721 camions venant d’Israël ont transporté 140 000 tonnes de marchandises de toutes sortes. 

Monsieur le Président, ce n'est pas seulement à vous que je m'adresse, ni seulement au monde politique. C'est surtout à ceux qui sont comptables de l'opinion publique de mon pays. Il y a un risque pour la pluralité d'expression quand la bonne conscience prend le pas sur l'information, et écarte l'opinion non conforme sous prétexte qu'elle serait illégitime. 

Monsieur le Président de la République, 

Nous venons de vivre une année noire et mon discours a été sombre. Mais je veux vous faire partager une conviction: nous allons surmonter nos difficultés. La France ne cédera pas aux ténèbres; la population juive ne se résignera pas, ne fuira pas et continuera de vibrer à l'unisson du pays.


Votre engagement personnel et celui de toutes les autorités publiques d'aujourd'hui et d'hier, en sont les garants: ce qui menace les Juifs menace la France. 

Nous savons que, malgré l'augmentation des actes antisémites, le sentiment antisémite dans la population est faible. Les sondages le confirment. 

Nous allons réussir, car notre pays est un creuset de diversités. Un tel contact enrichit nos expériences spirituelles. Je pense à nos liens avec l'Eglise et je demande au cardinal Vingt Trois, qui revient de Rome, d'adresser nos vœux chaleureux et respectueux au Pape François. 

Nous allons réussir car les familles des victimes nous donnent l'exemple du courage, comme la merveilleuse famille Sandler ici présente. 

Nous allons réussir en travaillant ensemble, car il s'agit de l'avenir de nos enfants, du petit Eden Chennouf né après l'assassinat de son père et de l'avenir d'Imad, 4 jours aujourd'hui, petit-fils de Mme Ibn Zlaten, présente dans cette salle. Il est né quand vous présidiez à Toulouse l’émouvant hommage à la mémoire de son oncle, dont il porte le prénom, et des autres victimes du terrorisme anti français et de l’antisémitisme. 

Leur naissance nous montre que la vie va gagner. A nous de la rendre plus fraternelle. Le CRIF y jouera son rôle. 

Mes six ans à la présidence du CRIF vont s'achever. Mon successeur, qui n'aura pas devant lui un chemin de roses, trouvera une équipe soudée de professionnels et de bénévoles, une organisation apaisée qui travaille dans un respect profond de la démocratie et un rejet absolu de tout racisme, une institution consciente aussi que les attaques qu'elle subit sont à la hauteur de l'importance de son combat. 

Le CRIF se veut lucide mais ouvert, conciliant mais non hypocrite, ferme mais non agressif. Il pense que c'est ainsi qu'il respectera ses valeurs : l'amour du peuple français, l'amour du peuple juif et l'amour de la vérité.